Les mystérieuses princesses de Tours
Mystérieuses, car elles ne sont pas connues ni valorisées et pourtant enterrées dans l’abbaye de Beaumont-lès-Tours, la seule abbaye de femmes en Touraine. On y découvre une crypte, une prothèse dentaire en bois maintenue avec un fil d’or, ayant été exposée au Prieuré de Saint-Cosme… Ingeltrude, petite fille de Clovis y établit sa demeure, Madame de Vermandois, petite fille de Louis XIV y entre comme religieuse vers 1720 1725.
Il s’agit de son Altesse Sérénissime « Madame de Vermandois » princesse de sang, petite fille de Louis XIV enterrée dans l’abbaye royale de Beaumont-les-Tours.

Qui est l’abbesse, Madame de Bourbon-Condé ?
Cette abbesse est la petite-fille de Louis XIV. Sa mère était l’une des filles que le roi a eues avec Madame de Montespan. Elle entre comme religieuse vers 1720 ou 1725 et devient abbesse en 1732, jusqu’à mort en 1772. C’est une princesse de sang. C’est elle qui décide, sur ses fonds propres, de faire reconstruire une partie de l’abbaye en 1725, les cloîtres, l’aile sud et l’aile ouest. La pierre de fondation dit « par libéralité », ce qui signifie « sur sa décision », « sur ses fonds propres ». Elle y est désignée comme « Son Altesse Sérénissime ». Une fois abbesse, elle devient « Madame de Vermandois », puisqu’elle se marie avec Dieu. Au vu de son rang, elle n’aurait pas pu être l’abbesse d’un prieuré. Sa nomination est l’indice d’une abbaye très importante, la seule abbaye de femmes de Touraine. À 60 kilomètres, on trouve Fontevraud, qui est encore plus grande et qui constitue un ordre à part entière.

Cette abbesse était donc riche ? A-t-on retrouvé d’autres traces d’elle à l’occasion de cette fouille ?
P. B. : De manière générale, ce sont des bénédictines, et non des cisterciennes. Elles vivent donc dans une certaine forme d’opulence, pour ne pas dire de luxe et non dans la pauvreté. L’abbesse a son cocher, ses valets et elle dispose de son propre logis où elle reçoit l’archevêque et sa petite cour. Nous avons mis au jour dans des dépotoirs de la porcelaine du XVIIIe s., notamment un petit service à thé. Mon collègue céramologue n’avait jamais vu de porcelaine aussi ancienne. L’invention de celle-ci est alors toute récente. Ces religieuses la font venir de Chine, ce qui doit coûter une fortune.

Le registre de vêture et sépulture indique que Madame de Vermandois décède en janvier 1772 et qu’elle est inhumée dans l’église, dans le chœur des religieuses, proche de l’autel de la Vierge Marie et dans un caveau. Comme nous n’avons identifié qu’un seul caveau dans l’église, il ne peut s’agir que du sien. Nous n’avons rien retrouvé à l’intérieur sinon des os épars et de la céramique, et ce caveau était entièrement comblé. Il faut imaginer qu’il y avait très probablement au sol une plate tombe « ci-git le corps de noble dame, Son Altesse Sérénissime », et que cette tombe, forcément très visible, fait partie des premières qui ont été ouvertes lors de la Révolution. La pierre tombale a dû être récupérée. On peut également imaginer qu’elle était inhumée dans un cercueil de plomb et que ce plomb a été récupéré pour faire des « balles patriotes ». En effet, en 1792, la république est en danger lors de la bataille de Valmy et le plomb est récupéré dans les caveaux. J’ai fouillé un caveau similaire à Epernon (Eure-et-Loir) où l’on sait que c’est le général Marceau, un des héros de la Révolution, qui a supervisé la recherche de ces caveaux de plomb.
Philippe Blanchard
À Tours, l’église Notre-Dame de l’Écrignole est, au vie siècle et selon une tradition non vérifiable mais plausible, une petite chapelle bâtie à l’initiative d’Ingeltrude, petite-fille de Clovis, avec quelques bâtiments autour.
Cet ensemble est destiné à recevoir, au nord-est de la basilique construite sur le tombeau de saint Martin, une petite communauté de femmes observant la règle bénédictine et qui prend rapidement de l’importance.
“Ingeltrude, fille de Clothaire Ier, donna les premiers commencements, environ l’an 580, à l’abbaye de Beaumont qui s’est depuis élevée jusqu’au comble de grandeur et de piété qui l’ont fait éclater en France ; cette princesse étant veuve, conçut le dessein de consacrer le reste de ses jours à Dieu, dans une sainte retraite ; et animée d’un mouvement si pieu, elle résolut de faire un voyage au tombeau de saint Martin, si célèbre en ce temps par les continuels miracles qui attiraient de tous cotez la dévotion des peuples ; elle ressentit pour lors en ce saint lieu qu’un attrait intérieur de Dieu l’engageait à passer près du tombeau de ce grand saint le reste de sa vie.
C’est pourquoi elle établit sa demeure dans l’espace le plus proche qu’elle peut ménager auprès de cette église, et elle y lit construire une chapelle, qu’elle lit dédier sous le nom de Nostre-Dame-de-l’Ecrignole, c’est-à-dire selon que quelques-uns l’ont interprété, Excellente ou Principale ; elle ajouta un bâtiment près de cette chapelle, où elle assembla plusieurs vierges et veuves qui se joignirent à ce pieu dessein pour former ensemble une communauté”
En 994 ou 997, un immense incendie ravage la collégiale Saint-Martin et ses alentours, dont l’église Notre-Dame de l’Écrignole et sans doute ses dépendances[11]. Grâce à de nombreux dons d’origines diverses, la reconstruction ou la restauration des édifices détruits ou endommagés est engagée par Hervé de Buzançais, trésorier de Saint-Martin, qui se rend alors compte que les bâtiments de Notre-Dame de l’Écrignole sont trop exigus pour abriter la communauté des moniales et qu’aucune extension n’est possible : il faut trouver un nouvel emplacement qui permettra en outre d’assurer l’autorité du chapitre de Saint-Martin sur de nouveaux territoires.
La découverte de l’abbaye, mentionnée dans diverses archives, ne fut pas une surprise. Son état, en revanche, eut de quoi ravir les chercheurs : “L’abbaye est complète. Il y a tout : l’église, le cloître, les espaces de vie comme la salle capitulaire, le réfectoire, les cuisines, les jardins, le verger…”, s’enthousiasme Philippe Blanchard. “À ma connaissance, ces vestiges sont sans équivalent en Europe, où les abbayes ne subsistent souvent que partiellement.”




